Que s’obscurcissent le soleil et la lumière – Frédéric PAULIN
Troisième et dernier volet de la trilogie libanaise de l’auteur, j’ai eu plaisir à retrouver Phillipe Kellermann, Dixneuf et Sandra, mais aussi la famille Nada.
Le récit se déroule de 1986 à 1990, date officiel de la fin de la guerre du Liban qui aura duré 15 ans et 6 mois, vue s’affronter des frères et des voisins, réduit en cendre des quartiers entiers ainsi que le palais présidentiel.
Pendant ce temps à Paris, le juge Boulouque est empêché de faire la lumière sur les attentats qui ont ensanglantés Paris. Il a même eu droit à une caricature par Plantu dans Le Monde. Le juge apparait comme un homme seul fasse aux hommes politiques et à la Raison d’Etat.
Pendant 4 années, il a tenté de comprendre qui a posé les bombes à Paris et si l’Iran était impliqué. Il n’a pas trouvé de réponse.
J’ai eu de la peine pour Sandra qui ne peut aider son confrère, mais j’ai aimé qu’elle tombe amoureuse de Dixneuf en fin de carrière.
J’ai eu de la peine pour Kellermann tiraillé entre son ex-femme et Zia qui fait sa réapparition dans sa vie, fuyant le chef de l’organisation chiite Amal qui devient fou (il veut tuer les otages français plutôt que de les libérer, ce qui va à l’encontre des directives de l’Iran).
Grâce à cette trilogie, j’ai un peu mieux compris la guerre du Liban qui a vu sur son sol s’opposer des israéliens et le Hezbollah ; des syriens contre des chrétiens maronites.
J’ai été étonnée de découvrir que ce pays aurait pu devenir une préfecture syrienne.
En France, l’auteur décrypte les querelles de partis à l’Assemblée devant l’opinion publique, chacun se rejetant la responsabilité du désastre et tentant, au journal télévisé, de faire avaler des couleuvres.
J’ai adoré lorsque les RG découvre où se cache le groupe Action Directe et la réaction d’un policier qui la croise dans une supérette : « Putain, Ménigon est en train d’acheter des oeufs ! » (p.82). Il faut dire qu’ils avaient toutes les polices de France à leur trousse.
Après le problème Eurodif France-Iran, il y eu le problème Iran-Contra entre l’Iran et les Etats-Unis dans ces années-là.
J’ai aimé que l’auteur me fasse sentir à quel point le pays était devenu fou avec cette interminable guerre : un sapin de Noël a été planté entre deux lignes de front, il n’y a qu’à Beyrouth qu’une telle chose est possible. (p.159)
Une question reste en suspend : après la libération des otages, ni le Hezbollah ni les Iraniens n’avaient vu la couleur de l’argent. D’où ma question : où est passée la rançon ? (p.223)
L’auteur met en lumière le problème avec le Hezbollah : dès son apparition au Liban, il a mêlé effort de guerre et soutien social. Il défend les déshérités. Le parti a construit des écoles, des hôpitaux, des centres de soins et des cliniques dentaires, il s’occupe des familles des martyrs et des blessés. Le Hezbollah est un Etat providence à lui tout seul. Il a sans doute évité une plus grande catastrophe sociale chez les chiites. (p.245).
Encore une fois, Frédéric Paulin rend passionnant cette guerre fratricide sans perdre son lecteur.
Quelques citations :
Caillaux sait bien que la DST n’est pas une entité incontrôlée ou folle : elle cherche seulement à empêcher un nouvel attentat. C’est sa communication qui lui pose un problème : le mensonge à l’opinion comme politique, ça l’écœure. (p.44)
Régis Schleicher (membre d’Action Directe) a au moins permis ça : des magistrats spécialisés qui ne ploieront pas sous la pression des accusés. Et celle des ministres… (p.80)
Dixneuf voir surtout que le bordel libanais n’a plus aucune limite, si géographique ni temporelle. (p.90)
Les chiites se foutent de Georges Ibrahim Abdallah, dit Marchiani – Et si ça se trouve, ça les soulage même de le savoir en prison en France pour un bon bout de temps. (p.91)
Il a accepté que seule la Syrie puisse aider le pays à se relever. Mais le problème du Liban aujourd’hui, c’est que la Syrie n’y parvient pas. (p.210)
… dans son pays, les combats ne sont plus le moyen d’atteindre des objectifs stratégiques ou politiques, non, ce ne sont que l’expression pathologique de chefs de guerre, et des miliciens qui leur obéissent. Ces gens se battent entre eux uniquement pour affirmer leur présence. Les anciens alliés se retrouvent désormais ennemis et l’on se massacre au sein d’une même confession : chiites contre chiites, Palestiniens contre Palestiniens, et chrétiens conter chrétiens. (p.210)
… quand des mecs comme Mitterand, comme Chirac, ou comme Pasqua disent à un juge de laisser tomber, il laisse tomber. C’est ça, la justice. (p.267)
L’image que je retiendrai :
Celle qui ouvre et clôt la trilogie : ô mon frère, ô mon ami druze, ô mon voisin chiite ou sunnite, ô mon hôte palestinien, vois ce pays qui est le tien.
Lu sur Liselotte grâce aux Editions Agullo que je remercie pour leur confiance
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Nulle part où revenir - Henry WISE
20 commentaires
aifelle
Tu es fidèle à cet auteur dont je n’ai encore rien lu. Ce qui me fait hésiter c’est d’avoir tellement entendu parler de ce conflit lorsqu’il était en cours que je n’ai plus envie d’y revenir. L’actualité nous en offre bien d’autres aussi tortueux et dangereux.
Alex-Mot-à-Mots
Ce que j’aime avec cet auteur, c’est que ces personnages vivent le conflit par le petit bout de la lorgnette, sur le terrain, loin des présentations journalistiques.
vagabondageautourdesoi
Une trilogie qu’il faudrait que je découvre ! Merci pour ce retour 🌞
Alex-Mot-à-Mots
Sa première trilogie sur l’Algérie était très bien aussi.
je lis je blogue
Le côté trilogie me fait un peu peur mais l’intrigue est intéressante
Alex-Mot-à-Mots
Tu n’es pas obligé de la lire en entier. Le premier volume explique les prémices du conflit.
Cath L
Tu sembles t’être passionnée pour cette trilogie… Vraiment, on comprend tout ? J’hésite encore !
Alex-Mot-à-Mots
Disons que l’auteur place ses personnages au coeur du conflit, ce qui nous permet d’avoir une vision de ce qu’il se passait sur le terrain, loin des explications journalistiques très générales. Et il ne perd jamais son lecteur. Un as, cet auteur.
keisha41
Si on n’est pas perdu, en effet, c’est à applaudir. car j’avoue que je n’ai pas trop suivi ça à l’époque
Alex-Mot-à-Mots
Si tu veux en apprendre plus de façon claire et romancé, cette trilogie est pour toi.
bulledemanouec671473c7
Les deux premiers opus de cette trilogie sont dans une de mes médiathèques, pas encore celui-ci mais je pense qu’il fera sans doute partie des nouveautés de la rentrée…A voir donc je les ai noté.
Alex-Mot-à-Mots
J’espère que cette trilogie croisera ta route.
Fanja
Il faut absolument que je lise cet auteur qui arrive à rendre passionnant un thème qui ne le semble pas du tout. Une amie lectrice m’en a aussi dit le plus grand bien déjà l’année dernière.
Alex-Mot-à-Mots
Je confirme ce très bon ressenti de lectrice.
Athalie
J’ai beaucoup aimé sa trilogie sur l’Algérie, foisonnante et documentée ( même si le troisième tome était un poil trop sentimental pour moi …) Il est certain que je vais lire celle-ci malgré la complexité du sujet.
Alex-Mot-à-Mots
J’ai finalement mieux suivit cette trilogie que la précédente. Mais il est vrai qu’en France, on était un peu mieux informé sur le conflit au Liban que sur ce qu’il se passait en Algérie.
Violette
vu la longueur de ton billet, on comprend ton enthousiasme 🙂
Alex-Mot-à-Mots
Un auteur dont j’apprécie toujours autant les ouvrages.
PLK
Un auteur que je n’ai jamais lu, mais qui semble faire l’unanimité
Alex-Mot-à-Mots
Il serai difficile de lui trouver des défauts 😉