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« Balzac nous appartient » – Judith LYON-CAEN

En pleine lecture de La Comédie Humaine depuis quelques mois maintenant, je ne pouvais pas passer à côté d’un tel ouvrage avec ce titre.

J’ai aimé l’écriture fluide de la chercheuse qui écrit cet essai, et j’ai aimé apprendre plein de choses sur les maisons d’édition pendant et après la seconde guerre mondiale (et sur les écrits de Balzac aussi, un peu).

Le livre commence à la mort du Grand écrivain, que d’autres écrivains vont revendiquer pour leur chapelle.

La phrase « Balzac nous appartient » est de Barbey d’Aurevilly et résume la façon dont différent courant de pensée politique vont s’approprier l’œuvre.

J’ai ainsi découvert que Engels, ce grand penseur communiste, a appris certains principes économiques de la bourgeoisie en lisant l’auteur français.

Que Maurice Bardèche, chantre du fascisme à la française et fondateur du négationnisme, lit dans Balzac que les grandes familles ont été spoliées par les banquiers juifs.

Que les éditions Calmann-Levy sont passé sous direction allemande et deviennent les éditions Balzac.

Que Stefan Zweig n’a jamais fini d’écrire le deuxième volume prévu sur Balzac (il mettra fin à ses jours avant de terminer, ayant laissé toute sa documentation en Europe).

Mais j’ai également appris que le vicomte de Lovenjoul, passionné des écrivains du XIXe siècle français, a fait don de son incroyable collection de manuscrits à l’Institut de France. Cette bibliothèque extraordinaire sera conservée à Chantilly dans l’ancien couvent des religieuse.

Que le Pape des balzaciens s’appelait Marcel Bouteron, et qu’à Chantilly, entre exégètes, ils balzacinaient.

J’ai aimé la Grammaire du partage autour de l’œuvre : lire Balzac / entrer dans Balzac / aimer Balzac / parler de Balzac (comme on parlerai de la pluie et du beau temps pour ne pas parler de choses qui fâchent) ; et plus tard : la maison Balzac dans laquelle ont s’installe à chaque relecture.

J’ai découvert le Gros Balzac scolaire : celui des descriptions et des types sociaux que l’on apprend aux élèves.

En résumé : une lecture passionnante et instructive, à la fois sur les lectures multiples de l’œuvre (communiste ou fasciste) et sur la vie et les déboires de certaines maisons d’édition.

L’image que je retiendrai :

Celle de la statue de Balzac faite par Rodin en 1898 (œuvre de commande), trop novatrice pour l’époque et que Rodin ne vit jamais coulée en bronze. Par la suite, elle fut oubliée, puis eut du mal à trouver un emplacement dans Paris.

Je remercie Babelio ainsi que les éditions CNRS qui m’ont permis de lire cet ouvrage lors d’une masse critique non-fiction

CNRS éditions, 28 mai 2026, 378 pages

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