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Soixante-neuf tiroirs – Goran PETROVIC

Adam, un jeune homme qui habite Belgrade, doit faire des modifications dans un un livre à couverture de maroquin rouge. Un étrange roman, sans personnage ni action, rempli de description d’un jardin magnifique et d’une maison richement décorée.

Au fil des pages, le lecteur découvrira l’origine de l’écriture de ce roman : un pouvoir que possède les lecteurs de n’importe quels écrits (journaux, livres…), celui de voir et de parler aux autres lecteurs qui lisent le même passage en même temps qu’eux.

J’ai aimé me laisser emporter à la découverte d’Anastase Branitza, l’auteur, qui aime en secret Nathalie Houville et lui écrit ses pages afin de pouvoir la rencontrer.

J’ai aimé découvrir la vieille cuisinière devenue un peu sourde, Zlatana, qui continue de vivre dans les pages du roman.

J’ai aimé suivre Natalia Dimitriévitch et sa dame de compagnie, Natalia tombée amoureuse d’Anastase et qui tente de sauver ses ouvrages de la destruction.

J’ai adoré la porte murée du garde-manger de sa famille avec les vieux moules à gâteaux réactionnaires et les passoires opportunistes à jamais inutilisables (p.310)

J’ai détesté Srétène Pokimitza, amoureux de Natalia, mais dont le métier consiste à lire pour débusquer les traitres à la patrie.

J’ai aimé les leitmotivs : les costumes d’Anastase doublés en soie de Lyon ; les livres de la famille d’Anastase marqués d’un Arbre du Monde ; le voisin d’Adam qui cloue des cadres toute la journée ; la dame de compagnie qui apprend l’anglais et se récite du vocabulaire.

J’ai découvert l’île Chauve : île pierreuse et déserte de l’Adriatique, camp concentrationnaire ou des milliers de communistes opposés à Tito ont subi, dès 1949, un traitement dont la cruauté dépasse celle des camps soviétiques. (p.305)

Et les 69 tiroirs, me direz-vous : ils appartiennent à un secrétaire en bois de rose et de citronnier aux soixante-dix petits tiroirs dont le dernier n’a pas de fond. Il symbolise le raffinement du décor créé par Anastase pour sa bien-aimée.

Une lecture qui m’a conquise, qui enchevêtre à merveille des histoires dans une histoire plus globale de celle du roman Ma fondation d’Anastase.

L’image que je retiendrai :

Celle des amours contrariés de chacun des personnages.

Zulma, 4 mars 2021, 368 pages

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