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La Joie ennemie – Kaouther ADIMI

Pour cette seconde expérience, Kaouther ADIMI choisie de passer une nuit à l’Institut du monde arabe dans les salles renfermant les œuvres de l’artiste peintre algérienne Baya.

Mais dès les premières pages, on devine que l’histoire de Baya n’est qu’un prétexte pour l’auteure à effleurer sa propre histoire familiale : celle du départ de Grenoble pour l’Algérie en pleine guerre fratricide avec sa famille, quand tout le monde cherche à fuir le pays.

J’ai aimé son père taiseux qui n’expliquera que lapidairement à sa fille pourquoi il se sent dans l’obligation de revenir au pays. J’ai trouvé dommage que sa mère n’aie que peu de place dans ces pages.

Mais de ce qu’elle a elle-même vécue, l’auteure ne dira pas grand chose, si ce n’est au détour d’une phrase : « Pas la nuit, pas les cris étouffés, pas le silence. » (p.207)

Dans ces pages, l’auteure fait également l’expérience de la mémoire trompeuse : pour elle, la voiture familiale était une Peugeot blanche, mais pas pour son frère.

J’ai aimé découvrir son rapport aux langues : l’obligation d’apprendre l’arabe avant de retourner en Algérie, le refus inconscient des enfants qui n’y arrivent pas.

J’ai aimé que Kaouther ADIMI parle de ce que l’on verse dans un puits, de ce dont on ne veut plus parler parce que cela fait encore mal. Et j’ai aimé que lors de cette nuit, à travers l’oeuvre de Baya et des souvenirs apportés, elle soulève le couvercle de son puits dans lequel elle a mis « la grande nuit ».

J’ai aimé découvrir l’artiste Baya, son enfance ballottée et la découverte de son talent à Paris puis son retour sur sa terre natale. Comme l’auteure, j’aime son rose indien et son bleu-violet.

J’ai adoré sa découverte de Picasso lorsqu’elle est une jeune femme avec 2 amies dans un musée construit par la France puis détruit et reconstruit, un musée dans lequel les surveillants de salle vous apportent les œuvres que vous voulez voir. Dans ce musée, les œuvres sont restées ce qu’elles sont réellement, c’est-à-dire une expérience et non pas un objet (p. 222).

J’ai aimé découvrir que l’auteure avait passé cette nuit en 2022, prenant ensuite le temps d’écrire ce livre de commande.

L’image que je retiendrai :

Celle du lit de camp qui vient apporter une touche d’humour dans ces pages douloureuses : c’est le même pour tous les auteurs depuis le début de la collection, et il semble difficile à monter et usé.

Stock, 20 août 2025, 256 pages

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