Auteurs en S

Hystérie collective – Lionel SHRIVER

Je remercie l’auteure qui, le temps de ma lecture, m’a permis d’adhérer au dogme décrit dans ces pages : celui de la réhabilitation des personnes autrement.

Je me suis surprise, dans ma vie courante, à vouloir éviter le mot en S (comprenez Stupide) à l’instar des habitants de Etats-Unis dans le roman.

Pourtant, je n’ai pas aimé le personnage de Pearson, professeur à l’Université de Voltaire, Pennsylvanie, qui est beaucoup trop vindicative à mon goût. Certes, elle se bat contre l’ineptie de la doctrine dominante, mais elle le fait à coup de bulldozer en proposant par exemple la lecture de L’Idiot de Dostoïevski à ses étudiants.

Je n’ai pas aimé que ses deux premiers enfants soient supérieurement intelligents parce que le sperme de leur père était issu d’un don d’un homme asiatique au QI très élevé. L’intérêt de ses deux personnages : ils sont des repoussoirs pour leurs camarades de classe.

J’ai, en revanche, appréciée à sa juste valeur sa benjamine, fille du couple, qui adhère pleinement à l’idéologie en vigueur et cafte à la CPM de son école (la Championne de la Parité Mentale).

J’ai adoré découvrir les inconvénients en cascade de l’idéologie : pas de contrôle en classe puisque tous les enfants sont égaux ; plus d’universités d’élites ; plus d’architectes ni de médecins compétents…

Si le personnage de Pearson m’a parfois exaspéré, j’ai au contraire préféré celui de son amie d’enfance Emory qui, pour percer à la télévision nationale est prête à renier ses idées et propager la parité mentale.

L’occasion pour l’auteure de mettre en lumière une certaine forme de journalisme qui ne relaye que les informations que les auditeurs veulent entendre.

J’ai à la fois adoré cette plongée dans une Amérique qui efface des pans entiers de son Histoire pour ne froisser personne au lieu de chercher à expliquer (en terme cognitif, c’est plus simple) ; et j’ai été effrayé de découvrir que j’avais été contaminée par ce dogme de la bien-pensance.

Une lecture qui m’a parfois fait grincer des dents, mais dont j’ai aimé le jusqu’au-boutisme.

Quelques citations qui m’ont régalées :

La prodige des échecs du Jeu de la dame (le film) faisait courir le risque aux étudiants qui ne parvenaient pas à gagner au morpion de se sentir médiocres.

A propos du lieutenant Columbo : Il est l’archétype du personnage sous-estimé que ses soi-disant supérieurs prennent pour un type pas très futé.

…les accusations de faute professionnelle médicale étaient systématiquement rejetées par les tribunaux au motif qu’elles suintaient l’intolérance cognitive.

… ne croire en absolument rien si ce n’est en ce que tout le monde croit est de nos jours un atout énorme en termes d’évolution.

L’image que je retiendrai :

Celle d’Emory qui, en fin de roman, retourne sa veste, mais avec quelle classe.

Je remercie Netgalley et les Editions Belfond de m’avoir permis de lire ce roman passionnant en numérique

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