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Pauvre – Katriona O’SULLIVAN

C’est grâce à l’insistance de ma libraire que j’ouvre enfin ce livre. Ce n’est pas un roman, c’est le récit de la vie de l’auteure lorsqu’elle était enfant et comment elle a fait pour devenir maîtresse de conférence au département de psychologie de l’université de Maynooth.

Lire l’enfance d’une fille de droguée en Angleterre dans les années 80 n’est pas très attirant, et pourtant.

J’ai aimé découvrir ses institutrices qui lui apprennent à se laver et lui fournissent des culottes propres ; d’autres qui la rabaissent sans cesse, lui reprochant de ne pas avoir de stylo (si elle en a, ses parents lui prennent pour se droguer).

J’ai découvert une jeune fille enceinte à 15 ans dont le Graal est d’avoir un logement social et de vivre des aides.

J’ai aimé son professeur d’anglais qui ne la laisse pas tomber, ni la secrétaire du Trinity College de Dublin.

L’auteure m’a fait découvrir une famille dans laquelle les parents sont absents : les enfants se nourrissent de ce qu’ils peuvent et les voisins doivent parfois appeler les secours.

Pas de misérabilisme pour autant, tant la survie au jour-le jour était primordiale.

L’auteure analyse très bien la situation familiale qu’elle a vécu, les regards des autres sur les enfants (dédaigneux, vindicatifs), l’absence des services sociaux qui ne veulent pas voir l’évidence.

J’ai eu de la peine pour cette petite fille qui a adoré être placée avec ses frères quelques mois, trouvant enfin une sécurité, une routine, et de quoi manger à sa faim.

Je me suis reconnue en elle, une fois adulte, qui reste persuadée qu’elle est une intruse dans son université, car elle n’a pas le droit de se tenir là lors de sa remise de diplôme. Elle explique que cette pensée est gravée en elle, même si tout lui prouve le contraire.

J’ai aimé que sa mère lui dise qu’elle l’aime, mais qu’elle aime plus la drogue que ses enfants : une belle lucidité de la part de cette femme qui a tant souffert, elle aussi.

J’ai aimé qu’une fois adulte, elle bénéficie d’un soutient psy, elle qu’elle se rende compte que son enfance avait été très stressante, au point de devoir prendre pour le reste de sa vie un traitement pour l’aider à aller mieux.

Une lecture dont les dernières pages ont suscité plein d’émotions et qui résonnera longtemps en moi.

L’image que je retiendrai :

Celle de son père reparti en Irlande, Katriona viendra le rejoindre avec son fils et pourra ainsi bénéficier des aides de toutes sortes pour avoir accès à l’université. Pas celle en pierres anciennes, celle des bâtiments neufs annexe, mais le savoir n’a pas de préférence.

Sabine Wespieser, 11 septembre 2025, 312 pages

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