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Les Patriotes – Sana KRASIKOV

Comment vous parler de ce roman foisonnant qui évoque la vie de Florence Fein, jeune américaine qui parle Russe, et qui part s’installer en URSS en 1934 pour rejoindre un amoureux rencontré dans le cadre de son travail ?

Les chapitres sur Florence alternent avec ceux sur son fils Julian, né à Kouïbychev, mais qui est parti s’installer aux Etats-Unis avec sa femme et son fils Lenny, devenant un refuznik (un juif ayant quitté l’URSS).

Lenny qui est maintenant (2008) installé à Moscou pour tenter d’y faire des affaires.

Je vais plutôt vous parler de ce que j’ai appris en lisant ces 608 pages :

Amtorg a été la première représentation commerciale de l’Union soviétique aux Etats-Unis, établi à New-York en 1924. Puis l’ambassade d’URSS a pu s’installer à Washington. Florence a travaillé à l’Amtorg et rencontré Sergueï, un ingénieur russe venu acheter des plans et de l’acier pour une usine.

L’usine se situe à Magnitogorsk, une ville qui possède l’un des plus importants complexe sidérurgique du pays.

A Moscou, Florence travaille pour la Gosbank, la seule banque d’URSS de 1922 à 1987.

J’ai appris l’existence de Sergueï Kirov, le beau gosse façon JFK avant l’heure, et qui sera assassiné comme le président américain.

L’ambassadeur américain à Moscou, Joseph Davies était plus passionné de petits fours et autres raouts et ne s’est jamais préoccupé du sort des américains venus s’installer en Russie. Ces citoyens n’avaient pas accès à leur ambassade, gardé par des soldats russes.

Un tour de passe-passe a permis au gouvernement russe de récupérer tous les passeports des citoyens américains venus demander un permis d’habitation.

J’ai découvert les pénuries de diaphragmes et de moyens de contraceptions.

La Russie et l’URSS sont restés très antisémites, instaurant des quotas de personnes juives, dans les universités notamment.

J’ai appris l’existence du SovInformBuro dans lequel travaillera Florence pendant la Seconde Guerre Mondiale : la principale agence de presse de 1941 à 1961.

J’ai aimé que le personnage de Baba Yaga soit cité de temps en temps ; et j’ai adoré retrouver le gâteau Napoléon, typiquement russe.

J’ai aimé les différents tampons au début de chaque chapitre (celui de Moscou, de New-York, avec l’année pendant laquelle se déroulent les faits).

J’ai eu de la peine pour Florence et Lenny qui, le constate Julian, sont incapables de se protéger dans le système de société russe.

Un roman sur la question de la liberté : Florence quitte les Etats-Unis pensant trouver plus de libertés dans le train du futur promis par l’URSS. Elle trouvera des pénuries et des appartements communautaires ; des interrogatoires et le goulag ; un mari assassiné par la police politique et son fils placé dans un orphelinat.

Une citation :

On est tenu en laisse par la période dans laquelle on vit. (p.583)

L’image que je retiendrai :

Celle de Florence cassant des noix avec le buste de Lénine dont le crane s’adapte parfaitement à sa main.

Albin Michel, 21 août 2019, 608 pages

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