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Très brève théorie de l’enfer – Jérôme FERRARI

Sous-titre : Contes de l’indigène et du voyageur

J’ai été un peu agacée par l’incipit : O Roi…. je l’ai trouvé un peu grandiloquent pour un roman si court. Bon, j’ai continué ma lecture.J’ai souri chaque fois que le narrateur parle des touristes en Corse qu’il cherche à fuir : d’abord en allant enseigner à Alger où il rencontre sa femme ; ensuite à Abu Dhabi où sa femme dépérit.

J’ai aimé découvrir leur nounou Kaveesha, qui a quitté l’île des feuilles de thé et de la sépulture des tigres pour s’installer dans la ville de verre et d’acier multicolore qui ne cesse de croitre et de s’étendre au bord de la mer brûlante (p.72)

J’ai eu de la peine pour cette jeune femme qui n’était pas aimé de sa famille, dont le mari est décédé prématurément et dont le fils ne la reconnait pas. J’ai lu ses déboires lorsqu’elle est employée de maison, mais j’ai aimé sa persévérance.

Bien sûr, je n’ai pas découvert avec cette lecture l’exploitation des travailleurs étrangers, mais j’ai découvert un pays où tout est régie par des lois, y compris pour faire réparer sa voiture.

J’ai souri lorsque les expatriés français peuvent se rendre à l’Ambassade française des Émirats pour enfin pouvoir boire de l’alcool et manger de la charcuterie pour un an.

J’ai découvert l’écrivain britannique Wilfred Thesiger, connu pour ses descriptions des peuples nomades d’Afrique et d’Asie.

J’ai découvert le très beau poème Afsaneh de Nîma Youshîdj.

Une lecture comme une petite descente en enfer, dans un pays brûlant qui hotte tout espoir aux expatriés, qui exploite la misère du monde et qui n’apporte pas de bases solides sur lesquels construire une vie ni même une relation.

Quelques citations :

– car une des peines de l’enfer consiste à faire croire aux damnés qu’ils ont pu s’en échapper afin de leur laisser faire l’horrible découverte qu’aucun chemin ne mène hors de l’enfer et qu »ils sont les débiteurs éternels d’une créance infinie – (p.55)

… afin de se livrer, dans l’intimité de leur chambre, à la consommation compulsive de mets impurs, illustrant à merveille la façon dont la sévérité implacable de l’interdit transforme un vice inoffensif en obsession perverse et des fonctionnaires consciencieux en crétins monomaniaques. (p.78)

L’image que je retiendrai :

Celle de la mangrove que regarde la femme du narrateur, Nardjess, depuis le balcon de la tour d’habitation de l’appartement de 200m2.

Actes Sud, 4 mars 2026, 160 pages

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