Une histoire d’amour et de violence – Olivier BOURDEAUT
Comment vous parler de ce livre très personnel qui parle surtout de violence intra-familiale, notamment celle exercée par le père ?
Il y a quelques instants de complicités entre père et fils lors de longues discussions, mais ils sont rapidement évoqués, l’auteur-narrateur se focalisant sur les accès de colère et les gestes et / ou paroles blessantes.
L’auteur a vécu et grandit à une période où les enfants battus ne faisaient pas l’objet de signalement : le tatouage de la main de son père sur sa joie n’émeut personne à l’école, et pourtant la marque restera quelques semaines.
Le garçon qui grandit dans cette atmosphère deviendra violent à son tour, comme son frère et sa sœur. Ils se droguera, errera de canapés en chambre d’amis avant de trouver une stabilité avec sa compagne.
L’auteur le dit lui-même : « J’écris ce livre pour tuer le fils que j’ai fini par devenir. » (p.48)
L’auteur porte un regard sans concession sur feu son père : « Quand tous les membres de votre famille considèrent qu’ils sont lus heureux après votre décès, c’est que votre vie était perfectible, j’imagine. C’est ça le drame. Je l’aime encore, mais je préfère qu’il soit mort. » (p.112)
Un homme qui fumait et buvait beaucoup, qui « a raté son passage sur terre » (p.112), qui fut envoyé en pension très tôt en métropole alors que sa famille résidait au Maroc, dont l’étude de notaire fonctionnait sans lui. Un homme avare qui récupérait même l’argent gagné par ses enfants.
J’ai aimé toutefois que la dernière partie de sa vie soit plus apaisée lorsqu’il part vivre en Espagne avec sa femme, même si ses autres enfants ont coupé les ponts avec lui.
Finalement, c’est le fils qu’il a le plus martyrisé qui sera là pour son dernier souffle.
L’image que je retiendrai :
Celle du cendrier posé à côté de l’assiette du narrateur, son père fumant même pendant les repas.
Gallimard, 30 avril 2026, 240 pages
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8 commentaires
vagabondageautourdesoi
Ce qui est étonnant c’est que son premier décrivait une famille foutraque et une mère bipolaire. J’ai eu du mal à entrer dans ce récit plus autobiographique que son premier. Mais, surtout, cette histoire d’amour et de violence décrit encore parfaitement ce que fait la violence aux enfants. Alors, certes il est apaisé à la fin, mais au bout de quelles souffrances !
Alex-Mot-à-Mots
Une histoire très personnelle, en effet. Le titre m’avait accroché, mais je dois t’avouer que je suis restée sur ma fin question analyse de la provenance de cette violence.
Ingannmic
Ca a l’air dur… je ne suis pas sûre de lire, j’avais bien aimé « Bojangles », pas du tout « Florida », mais ce titre semble très différent de ce que l’auteur a écrit auparavant.
Alex-Mot-à-Mots
J’avais aimé ses deux précédents romans. Celui-ci est, encore une fois, différent, très personnel.
luocine
quel drame ! ces enfants mal aimés par des pères violents !
Alex-Mot-à-Mots
On ne le dira jamais assez.
Antigone
Je ne sais pas si je vais supporter cette lecture terrible. J’ai beaucoup d’admiration pour les auteurs qui se mettent ainsi à nu.
Alex-Mot-à-Mots
Ce livre-ci a l’avantage de ne pas trop tomber dans l’auto-apitoiement.