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Mon corps donné pour vous – Marouane ESSADEK

De la vie de Carrie Buck (1906-1983), je n’avais jamais entendu parler. Normal, on sait peu de chose sur cette jeune femme qui servit de prétexte à une loi américaine (1924) autorisant la stérilisation des personnes blanches jugées « morons«  (imbécile en français, mais définit par Henry H Goddard de façon « scientifique » : le QI est situé entre 51 et 70).

J’ai aimé suivre l’histoire de cette loi soutenue par la Virginie et ses scientifiques craignant le mélange des sangs et l’abêtissement de la race blanche (les personnes noires subissant la ségrégation, la question ne se posait pas pour eux).

J’ai aimé découvrir ces hommes blancs issus des FFV (First Families of Virginia) qui ont peur des immigrants et ne souhaitent pas que les idiots se reproduisent, ni entre eux, ni avec des bonnes gens.

J’ai découvert le test Binet-Simon, inventé par le psychologue français Albert Binet, aidé du psychiatre Théodore Simon et sensé mesurer l’âge mental d’un élève.

Et Carrie dans tout ça ? Recueilli par une famille qui la fait rapidement travailler à son service puis au service d’autres familles, elle a arrêté l’école très jeune (normal que son développement intellectuel ne soit pas allé à son maximum).

Sa mère étant moron, violée et enceinte, sa famille d’adoption n’en veut plus, elle se retrouve dans la Virginia State Colony for Epileptics and Feebleminded. Le dévoué médecin ne veut pas l’opérer pour la stériliser rapidement car il craint une autre affaire Mallory (Willie et Nannie Mallory avaient été stérilisée à Richmond car jugées morons, le mari avait porté l’affaire en justice).

Le médecin organise un procès dans la ville, puis dans l’état, puis au niveau national afin que Carrie puisse être légalement stérilisée.

Bien évidemment, la jeune fille n’a pas son mot à dire, ni sa mère. Son avocat ne la défendra pas, étant lui aussi adepte le l’eugénisme.

Attention divulgation : quelques années plus tard, les nazis s’appuieront sur les lois américaines pour justifier leur recours à l’eugénisme.

J’ai aimé cette lecture qui démontre qu’en Virginie (et sans doute dans certains états du Sud des Etats-Unis) fleurit une aristocratie (les FFV) qui se croit supérieur au reste de la population, craint pour son avenir et arrive à faire voter des lois qui vont dans son sens. Depuis, je ne crois plus que les Etats-Unis soit le pays de la Démocratie.

L’image que je retiendrai :

Celle de ces bâtiments faits de briques rouges et de colonnes blanches qui impressionnent Carrie.

Lu grâce à Babelio et aux éditions Noir Blanc que je remercie pour leurs confiances

Noir Blanc, 20 août 2026, 368 pages

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