Auteurs en T

Propre – Alia TRABUCCO ZERAN

Prix Femina étranger 2024

J’ai tout aimé dans ce roman, et pourtant sa lecture ne m’a pas complètement convaincue.

J’ai aimé Santiago jaune et marron, aride en opposition au village d’où vient Estela, très humide.

J’ai aimé les leitmotivs : les tresses à la française qu’Estela fait à la petite fille ; les citations de sa mère ; les pins qu’il faut couper pour vivre ; la télévision qui diffuse des images de violence et de contestation ; les commissures des lèvres qu’Estela regarde toujours chez son interlocuteur ; sa tenue de femme de ménage identique mais propre chaque jour de la semaine.

Je m’attendais à un roman sur la propreté, j’ai lu un roman social sur la lutte des classes : celle des travailleurs pauvres comme Estela qui se rendent à Santiago pour trouver un meilleur emploi mais qui les éloigne de leur famille ; celle du couple riche qui l’emploie qui ne pense qu’en terme d’efficacité, même pour leur fille.

J’ai eu de la peine pour le chien Daisy qui doit se cacher.

J’ai eu du mal à comprendre certains gestes d’Estela : les pierres dans le mixeur, les rats au grenier. Mais c’est une façon silencieuse pour elle de manifester sa rébellion, son mal-être.

J’ai eu de la peine pour ce personnage qui parle peu, voire plus du tout à un moment. De toute façon, ses employeurs ne souhaite pas engager quelque conversation que ce soit avec elle.

J’ai eu de la peine pour sa mère qui elle aussi est femme de ménage et vit dans une cahutte humide.

La dernière scène est marquante : elle ne parle qu’à un vide, personne ne l’entend.

C’est un triste constat sur son pays que fait l’auteure.

Une citation :

… chaque acte est une tentative pour apprivoiser le temps. Un mois, une semaine, la longueur et la largeur d’une vie. (p.68)

L’image que je retiendrai :

Celle de la petite fille en colère du couple qui, elle aussi, s’exprime peu.

Robert Laffont, 22 août 2024, 272 pages

22 commentaires