Auteurs en G

Nous n’avons rien à envier au reste du monde – Nicolas GAUDEMET

Gloire au Président éternel, à son fils le Grand Général et son petit-fils le Maréchal Kim Jong-il.

C’est dans ce contexte de lavage de cerveaux que grandit Yoon Gi avec sa grand-mère et sa mère (son père est décédé). Sa mère possède un étal au marché sur lequel elle vend des marchandises importées de Chine en toute illégalité.

Un jour de réunion éducative au stade, il tombe amoureux d’une belle jeune fille. Il découvrira plus tard que son nom est Mi Ran et que son père est membre de l’élite du Parti, directeur des pêcheries de la ville.

J’ai aimé cette histoire qui se calque sur Roméo et Juliette dans ce village à la frontière avec la Chine.

J’ai cherché les personnages de la pièce de théâtre, certains transposés dans ce contexte particulier : qui est Mercutio l’ami de Roméo ? qui est Tybald le cousin de Juliette ? qui joue le rôle du Frère Laurent ?

J’ai aimé retrouvé les 5 actes de la pièce et que chaque chapitre ait pour titre un slogan du Parti : Tous unis vers un avenir radieux ; Signalez toute activité suspect…

L’auteur rappelle que la calendrier Juche du pays commence en 1912, l’année de naissance du Cher Président éternel.

J’ai découvert le songbun, le classement socio-politique qui régit la notation des élèves et leur avenir. Ces songbun sont consignés par la Sécurité d’Etat.

Ce que le narrateur appelle la Grande Faim est rebaptisé la Marche ardue par la propagande officiel.

La journée d’un élève commence tôt avec des travaux d’intérêts généraux pour la commune, après les cours pour nettoyer les classes.

J’ai découvert que dans chaque bâtiment d’enseignement, il y avait une salle spéciale chauffée en hiver contenant la maquette de la cachette de montagne dans laquelle est né le cher Président éternel, ses mémoires. On n’y entre pas sanas saluer 3 fois.

Ce qui m’a le plus étonné : la séance hebdomadaire d’auto-critique et de critique des comportements de ses camarades.

J’ai découvert des adultes qui tentent de survivre sans mourir de faim, même les membres de l’élite du Parti. Ainsi, le père de Mi Ran utilise la flotte de navires de pêche pour le trafique avec la Chine, car il n’y a plus de poissons à pêcher dans la zone (et là on se demande : le Maréchal n’y avait pas pensé ?!)

J’ai découvert des ados qui se droguent avec ce qu’ils peuvent, comme de partout dans le monde.

J’ai aimé ce roman qui mêle très habillement drame d’amour entre deux jeunes gens que tout oppose dans une société où tout le monde s’épie et cache pourtant des secrets.

L’image que je retiendrai :

Celle du fleuve Amnok qui sépare la Corée du Nord de la Chine, une frontière poreuse  pour peu que l’on paye.

L’Observatoire, 20 août 2025, 176 pages

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