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Les sept robes – Tristan SAULE

Les Chroniques de la Place Carrée 5

Pendant les 3 jours de son mariage, nous suivons Lounès qui n’est pas prêt à abandonner sa place de caïd du trafique de drogue de la Place Carrée. Il s’absente souvent pour régler ses problèmes d’intendance : Dan le Magicien qui veut prendre sa place ; la marchandise qu’il n’a plus pour pouvoir la vendre dans le quartier.

Léa, sa future femme, mène son enquête de journaliste sur les émeutes du quartier qui se déroule depuis quelques jours, mais surtout sur la construction des logements sociaux de la ville qui s’étaient réalisés au black.

J’ai eu de la peine pour Lounès, obligé de reprendre le flambeau après que son frère Salim ait mystérieusement disparu. Ancien boxeur amateur, on sent qu’il n’a pas les épaules pour devenir un champion malgré les heures d’entrainement.

Si Lounès a aimé la boxe, c’est uniquement pour les secondes d’oubli qu’elle lui procure lorsqu’il prend un coup.

J’ai aimé les chapitres qui lui sont consacrés et qui commencent par : Lounès regarde par la fenêtre. Il pleut. Il a 20 ans, puis 30…

J’ai eu de la peine pour son ami Nico qu’il chasse un beau jour du quartier. On apprendra plus tard la raison de sa colère.

J’ai aimé que Léa ait une passion pour Britney Spears, qu’elle repense sans arrêt aux paroles de ses chansons. C’est ce qui l’a aidé à tenir face à un père violent et une mère absente.

J’ai eu de la peine pour Mokhtar, le bras droit de Lounès : petit, il ne faisait jamais de bêtise, aimait sauter par-dessus les feux de la Saint-Jean dans son village natal, a eu son bac et son BTS, a travaillé à EDF puis chez Orange avant que tout dérape.

J’ai aimé l’histoire du gorille invisible : celui qui apparait sur la vidéo pendant que le spectateur compte les passes. C’est ce que fait le Magicien : il détourne l’attention. Lounès l’apprendra à ses dépend.

J’ai aimé la formation de journaliste de Léa : on leur apprend à se méfier de la perfection des récits de témoins, de l’organisation parfaite des éléments. « Notre cerveau est contraint de synthétiser toutes les informations qu’il reçoit. Il ne garde qu’un morceau de la vérité. (…) Ce qui est restitué à l’oral par le témoin auditionné n’a plus grand chose à voir avec la vérité. (p.105)

Cette lecture m’a appris que les mariées marocaines portent 7 robes successives au cour de leur mariage qui peut durer une semaine. Que la famille fait appel à la dakka marrakchia : un cortège de musiciens qui joue tout au long du mariage.

N’oublions pas Idriss, le jeune cousin jamais loin qui court de partout, jusqu’à sa perte.

J’ai aimé recroiser certains personnages : Fatou qui crie fenêtres ouvertes, Mathilde qui ne dit rien, Zoé la copine d’Idriss.

Cet opus annonce la future destruction des tours du quartier, et sans doute la fin de ces chroniques.

L’image que je retiendrai :

Celle de la carte donné par Dan le Magicien à Lounès représentant la dame de coeur.

Le Quartanier, 24 janvier 2025, 361 pages

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