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La guerre par d’autres moyens – Karine TUIL

Commençons par ce que j’ai aimé : le pauvre ancien président Dan Lehman qui se réfugie dans l’alcool pour ne pas exploser ; sa fille Anna née sourde et muette ; son ex-femme dont il est encore amoureux ; sa nouvelle femme qui va faire un retour remarqué dans un film avec un réalisateur en vogue.

Mais aussi l’ancienne jeune première du cinéma qui n’arrive pas à boucler les fins de mois avec son fils de 10 ans et que le Grand réalisateur utilise quand il en a envie.

J’ai aimé le leitmotiv de la flasque d’alcool qui ne quitte plus Lehman (tout le monde l’appelle par son nom de famille) et qui ne trompe personne, son entourage ayant compris son addiction.

J’ai aimé que son ex-femme se rende compte que son ancien amour préférera dorénavant toujours l’alcool à quoi que ce soit.

J’ai aimé retrouver dans ce personnage deux anciens présidents français pas si vieux à travers certaines actions de Lehman (son ex-femme est une auteure ; il écrit lui-même des livres…)

J’ai aimé ce que dit l’auteure sur notre société et sur les femmes : celles qui sont menées à l’abattoir des salles de chirurgie, à trafiquer leurs visages pour devenir ces êtres sans âges qui ressemblent à des créatures hybrides, mi-femmes mi-félins. Ces femmes qui s’abîment pour un regard impitoyable masculin sur elles (p.75)

J’ai aimé que le film du Grand réalisateur montre que le couple n’est pas seulement une affaire de désir et d’amour mais aussi de domination, de pouvoir et de violence (p.304).

J’ai aimé que Hilda l’actrice se sente lâche de ne pas avoir dénoncé les violences subies pendant le tournage du film, qu’elle aie cédé à la pression de la production pour ne rien dire et être sélectionné au Festival de Cannes.

J’ai aimé que Marianne, sa première femme, se sente elle aussi démunie devant l’alcoolisme de son ex-mari.

Venons-en à ce qui m’a déçu : le roman démarre lentement avec le personnage de Lehman et ses problèmes d’écrivain soumis aux critiques. Puis il bascule sur LE Film et ses problèmes de réalisateur tyrannique.

Au vue du propos, j’ai trouvé la fin un peu trop jolie, comme si l’auteure ne s’autorisait pas à finir sur une note négative.

Quelques citations :

C’est quand même un truc d’hommes de désirer des filles de vingt ans, voire moins. (p.251)

Je ne sais pas si l’on peut imaginer le chagrin et le désarroi que provoque la vision d’un être aimé qui s’abîme sous nos yeux sans que l’on puisse rien faire pour l’en empêcher. (p.286)

L’image que je retiendrai :

Celle d’Anna et son doudou pieuvre qu’elle ne quitte jamais, petite fille ballottée entre ses deux parents ambitieux.

Merci Michèle pour le prêt de ce roman

Gallimard, 6 mars 2025, 384 pages

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