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Cœur noir – Silvia AVALLONE

Encore une histoire d’amitié entre filles ? Presque, mais pas que.

Pour ce 6e roman traduit en français, l’auteure a pour personnage deux jeunes adultes abîmés par la vie : Bruno l’instituteur de 36 ans qui habite un hameau perdu, et Emilia, jeune femme de 31 ans, qui décide d’aller habiter la maison de sa grand-mère décédée dans ce même hameau.

Mais Emilia cache un passé que nous découvrirons peu à peu : sa mère est décédée lorsqu’elle était très jeune, et elle ne s’est jamais remise de cette absence. Adolescente ingrate et rejetée, elle commettra un acte qui la conduira en prison pour de nombreuses années.

C’est Bruno, le narrateur, qui raconte sa vie au Couvent, comme elle l’appelle, avec son amie Marta, l’Armée et Frau Direktorin, son père toujours présent pour les parloirs.

J’ai aimé Marta, la fille au caractère bien trempée qui sait ce qu’elle veut : étudier.

J’ai aimé que peu à peu Emilia découvre son don pour le dessin.

J’ai aimé les personnages annexes : le père omniprésent et protecteur qui ne lui fait jamais aucun reproche ; le Basilio qui propose à Emilia de l’aider à restaurer l’Eglise ; Patrizia la collègue jalouse de Bruno ; la Frau Direktorin qui croit en l’école et impose les cours de lycée ou d’alphabétisation aux jeunes filles.

Mais plus que les personnages, j’ai aimé que l’auteure décrive si bien ce trou noir de la perte d’un (ou de plusieurs) êtres chers ; cette rage qui en découle ; ce manque dont on ne sait pas quoi faire.

J’ai aimé que l’auteure affirme qu’il y a plusieurs personnes en nous, que nous ne sommes pas fait d’un seul bloc.

Mais je ne suis pas d’accord avec elle quand elle affirme (p.364) que c’est toujours l’adolescence qui décide qui vous êtes.

J’ai aimé les leitmotivs de la liqueur de noix ; du troquet du Samouraï ; des matchs de volley que les pensionnaires du Couvent sont autorisées à jouer.

Contrairement à toute attente, j’ai aimé cette injonction qu’il faut aller de l’avant, même si avant cette mise en mouvement, il y a toujours un moment de stupeur et de peine et de colère.

J’ai eu de la peine pour Emilia qui, elle, ne peut pas aller de l’avant. Au contraire, elle tombe sans cesse, elle a du mal à tenir debout, au sens propre comme au figuré. Car elle a peur que l’on découvre son passé. Et ce n’est qu’en faisant la paix avec lui qu’elle parviendra à « aller de l’avant ».

Un roman riche en réflexions sur la prison pour adolescent-es qui ne résout pas leurs problèmes, les condamnant aussi à vivre leurs émois d’adolescent-es de façon plus brutal.

Quelques citations :

Certaines personnes l’ont, cette force-là, et Marta en faisait partie. Une sorte d’attachement forcené à la vie, quoi qu’il arrive, même la chose la plus horrible, la plus irréparable : tant que tu es vivant, tu dois. Vivre, avancer, comme Ulysse. (p.301)

Parce que le mal qu’on subit, je le sais maintenant, est bien mieux que celui qu’on fait. Du mal qu’on fait, on n’en sort pas. (p.413)

L’image que je retiendrai :

Celle du hameau dans lequel vivent Emilia, Bruno et le Basilico, en pleine montagne, isolé du reste du village, le Noël qu’ils passeront avec le père d’Emilia.

Liana Levi, 6 février 2025, 448 pages

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