Uvaspina – Monica ACITO
Quel roman étrange qui nous promène dans les rues de Naples, jamais loin de la mer.
Il y a beaucoup de poissons et de crustacés dans ces pages (poulpes, couteaux, espadon, rascasses, méduses…), et il y est forcément question de la sirène à l’origine de la ville.
Mais, sous la plume de l’auteure, c’est également une ville poisseuse et visqueuse où l’on ne fume que des cigarettes de contrebande.
Il y a la Dépareillée (Graziella la mère avec son art de la chiale et de la gruge), sa soeur Nuzia Cul-de-Traviolle, son fils Uvaspina (Carmine) et sa fille Minuccia (Filomena). Seuls Pasquale Riccio le père et Antonio l’amant ont des noms et prénoms.
Uvaspina, la groseille à maquereau, est un fruit inadapté à Naples, exception, abjection, rareté au milieu des arbustes méditerranéens. L’uvaspina servait seulement à guérir et à soulager les souffrances d’autrui (p.415).
Il y a des rituels de purification ou pour lire l’avenir ; il y a la procession des flagellants et des desserts à base de citron.
Il y a des mots venus de la période médiévale : casse-ventre, vergogne, malpensée, crevardise ; où issus du patois se honter, écrapouter, les petitous.
Il y a surtout le palais Donn’Anna, lieu de rendez-vous des amants, citadelle sur l’eau aux multiples fonctions (théâtre, hôtel…).
Il y a la foltoupie : Minuccia quand elle prend une crise de colère, qui utilise parfois la pointe de sa toupie pour se scarifier elle ou son frère.
Et puis il y a la tragédie qui couve : Minuccia qui se scarifie et bat son frère, leur mère lui demandant en silence de serrer les dents. Minuccia grandit, et sa colère avec elle. Pourtant, il n’y aura pas à proprement parler d’acte final terrifiant. Il ne restera que l’amour entre un frère et une soeur.
Un amour particulier dans lequel Minuccia tient toute la place, elle qui se croit léser par son frère. Un amour qui fait mal et qui broie, qui rend muet Uvaspina.
Une lecture qui plonge le lecteur dans une atmosphère particulière, presque électrique, et qui reste longtemps en mémoire.
L’image que je retiendrai :
Celle de ce palais immense et baroque dont la construction en s’est jamais terminée et qui surplombe la mer.
Merci Jostein pour ce conseil de lecture. Son billet parle beaucoup mieux des personnages et des ambivalences de ce roman.
10X18, 8 janvier 2026, 456 pages
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18 commentaires
vagabondageautourdesoi
Une Éléna Ferrante dans la violence pour les femmes ?
Alex-Mot-à-Mots
Rien à voir avec Elena Ferrante dans le style et le propos. Cette comparaison est utilisée seulement parce que les deux autrices écrivent sur Naples.
Light And Smell
Une lecture qui devrait me sortir de ma zone de confort et qui semble marquer les esprits. La relation sœur/frère semble très particulière.
Alex-Mot-à-Mots
Oh que oui. Une relation très ambivalente très bien écrite.
keisha41
Rien que le bandeau, je me méfie. Mais j’aime bien ces mots peu usités.
Alex-Mot-à-Mots
Ah ces bandeaux menteurs : rien à voir avec Elena Ferrante à tout point de vue.
bulledemanouec671473c7
Je ne connais pas du tout mais comme j’aime beaucoup les auteurs italiens (ou autrices italiennes) je vais aller voir de ce pas si une de mes deux médiathèques le propose. Merci pour la découverte !
Alex-Mot-à-Mots
J’espère que ce roman au charme vénéneux croisera ta route.
luocine
pas trop tentée par ce roman, mais en général j’aime les auteurs italiens, alors !
Alex-Mot-à-Mots
Il est vrai que l’atmosphère et le propos sont particuliers.
jostein59
L’Italie est peut-être le seul point commun avec Elena Ferrante 😂
Je suis contente de t’avoir fait découvrir ce roman. Et surtout qu’il t’ait plus.
Merci pour ta dernière phrase
Alex-Mot-à-Mots
Merci à toi pour cet excellent conseil de lecture.
Ingannmic
Tiens, j’ai hésité à le prendre hier en librairie … J’ai été rebutée par le bandeau racoleur… je retiens, donc, j’aime les romans à l’ambiance inhabituelle.
Alex-Mot-à-Mots
Ces bandeaux devraient être supprimés, surtout celui-ci qui annonce un roman à la façon de… alors que pas du tout.
dasola
Bonjour Alex, comme je n’ai encore pas lu de roman d’Elsa Ferrante, je ne risque pas d’être influencée. Je note ce roman dont l’histoire pourrait me plaire. En tout cas, ton billet donne envie. Bonne journée.
Alex-Mot-à-Mots
Tant mieux si tu n’as pas lu Elena Ferrante, car ce roman est vraiment très différent. Je déteste les bandeaux rouges.
PLK
j’ai vu des retours qui disaient que l’écriture était très vulgaire. Qu’en dis tu ?
Alex-Mot-à-Mots
Non, c’est un astucieux mélange de niveau de langues, très déroutant.